mercredi 2 juillet 2008

Réunion nationale NPA - 28 & 29 juin 2008





Appel de la coordination nationale des comités d’initiatives pour un Nouveau Parti Anticapitaliste

Le Nouveau parti anticapitaliste est en marche!

Nous sommes des milliers de travailleur-s-es, des villes et des campagnes, avec ou sans emploi, avec ou sans papiers, des jeunes, des retraité-e-s, des précaires, des militant-e-s politiques, associatifs, syndicaux, nouveaux ou anciens, en train de concrétiser ce projet.

Il regroupe aujourd’hui plus de 300 comités et la dynamique se renforce. Elle est le résultat d’une prise de conscience : on ne peut plus laisser faire un système capitaliste mondialisé qui conduit le monde dans le mur ! Entré dans une crise économique, financière, énergétique, alimentaire dont nul ne peut prédire les conséquences, ce système met plus que jamais la seule recherche du profit au centre de ses décisions au mépris de millions de vies. Les grands équilibres écologiques sont menacés. Parce qu’il est à la source du problème, le capitalisme, comme tous les systèmes productivistes, est incapable d’y apporter une solution. Dans un monde où les inégalités se creusent, les émeutes de la faim se généralisent, conséquence de la politique des grandes puissances impérialistes, des institutions à leur service (FMI, OMC...) et de la spéculation honteuse sur les produits de première nécessité. La guerre « sans limites » décrétée par Bush et ses alliés dont la France, étend ses horreurs à travers le monde.

Ici, Sarkozy et le Medef multiplient les attaques qui traduisent l’arrogance des puissants. Rarement la politique de la droite a été aussi ouvertement agressive envers l’immense majorité de la population. Rarement les possédants, les actionnaires, le patronat se sont montrés aussi avides de profits au mépris du bien-être élémentaire des populations. Oui, l’exaspération est partout, contre la mise en cause des acquis, des solidarités, des services publics, la difficulté à « joindre les deux bouts », contre la dégradation des conditions de vie et de logement, le racisme et les discriminations, les politiques sécuritaires… Il ne faut pas gaspiller les potentialités de cette exaspération en se prêtant au jeu de dupes du « dialogue social » avec le gouvernement, par la division, les journées de grève saucissonnées, secteur après secteur. Ici et maintenant, nous pouvons réagir ! Un « tous ensemble » déterminé et unitaire, la généralisation des luttes et des grèves, voilà ce qu’il faut pour battre le gouvernement et ses contre-réformes !

Pour peser dans ce sens, il faut regrouper nos forces dans un parti qui ne lâche rien, n’abandonne personne. Il n’est pas possible de rassembler dans un même parti ceux qui veulent en finir avec le capitalisme et ceux qui s’en accommodent. Il n’est pas possible de rassembler dans un même gouvernement ceux qui défendent les droits des travailleurs et ceux qui défendent le pouvoir des actionnaires, ceux qui veulent rompre avec les politiques libérales et ceux qui les mettent en pratique, ceux qui veulent construire une Europe des travailleurs et les plus zélés artisans de l’Europe de la libre concurrence et du profit. C’est pourquoi nous voulons un parti totalement indépendant du Parti socialiste, un parti qui défende jusqu’au bout les intérêts de tous les exploité(e)s.

Nous vous appelons à construire toutes et tous ensemble une gauche qui ne renonce pas, une gauche de combat, anticapitaliste, internationaliste, antiraciste, écologiste, féministe, révoltée par toutes les discriminations. Pour changer le monde, il nous faut un parti qui se bat jusqu’au bout contre le système, pour la transformation révolutionnaire de la société. La gauche que nous voulons doit s’organiser à l’échelle internationale et notamment européenne, être présente aux élections sans jamais oublier que ce sont les mobilisations sociales, culturelles et écologistes qui imposeront le changement.

Avec la mémoire des expériences passées, nous allons élaborer ensemble, en prenant le temps du débat, une nouvelle perspective socialiste démocratique pour le 21ème siècle. Nous n’avons pas de modèle, et surtout pas les régimes prétendument « communistes » du siècle dernier, mais nous avons des objectifs. En finir avec la dictature que le capital impose à l’économie et à la société toute entière, pour construire la démocratie la plus large que l’humanité ait jamais connu, où la « main invisible du marché » sera remplacée par des décisions collectives.

Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir répondre à ce défi. Individus, équipes militantes, courants politiques révolutionnaires, libertaires, communistes, socialistes, écologistes, antilibéraux, continuons à nous rassembler !… Dans son village, son quartier, son entreprise, son lieu d’étude, chacune, chacun peut et doit apporter, à son rythme, sa pierre à la construction de cet outil pluraliste et démocratique. La réussite est à notre portée.

En avant !

St Denis, le dimanche 29 juin 2008.


"Le NPA, une gauche radicale comme nulle part ailleurs"


















Article de Stéphane Alliès, paru sur le site Mediapart (http://www.mediapart.fr)

Le dernier discours vient de se terminer à la tribune. Les gens ont applaudi, puis se lèvent. Moment de flottement. Un coin de salle lance alors "l’Internationale". Timidement, puis plus franchement de plus en plus de poings se lèvent. Jusqu’à un refrain final repris par deux gros tiers de l’assistance.

Si l’hymne révolutionnaire n’apparaît plus comme une évidence dans les rangs d’une LCR en mutation, il n’a toutefois pas été sacrifié sur l’autel du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). « C’est vrai qu’on a un peu hésité à la chanter, mais le naturel de ce parti reste finalement révolutionnaire », sourit François Sabado, l’une des figures historiques d’une "Ligue" en cours de dissolution.

Ce week-end à la Plaine Saint-Denis, ils étaient huit cents délégués à s’être réunis pour se rencontrer, débattre en commissions (féminisme, écologie, processus, etc.) et se donner une direction de transition jusqu’au congrès de fondation prévu en janvier. Ou plutôt une « structure de coordination », car le mot "direction" est presque tabou pour les responsables de la LCR, qui sont persuadés que la crédibilité de leur entreprise passe par l’ouverture.

« La Ligue était minoritaire dans toutes les commissions, et c’est ce qu’on voulait. Le contrat est plus que rempli. Il y a une hétérogénéité politique et générationnelle incroyable. Et il y a des vocabulaires différents pour souvent dire les mêmes choses, assure l’ancien leader Alain Krivine. Par exemple, on parle de travailleurs et certains nous disent qu’ils sont chômeurs. »

Son comparse Sabado ajoute : « Sur la Palestine, on est tous sur la même ligne, sur l’islamisme il y a des divergences… Ce qui compte, c’est d’être d’accord sur l’essentiel. On n’en est pas encore à la synthèse générale des points de vue, mais tout le monde a la volonté d’arriver à cette synthèse. Et puis on comprend l’aspiration des "non-Ligue" à contrôler le processus. Il y a forcément un peu de méfiance vis-à-vis de nous, c’est normal. On lève les malentendus s’il y en a. Moi, par exemple, je suis intervenu en commission pour expliquer ce qu’est la IVe Internationale… »

Ces "non-Ligue", ce sont ceux que Libération appelle les "fans de Besancenot", convaincus par le discours et la présence militante du dernier candidat à la présidentielle de la LCR. Lui arbore un grand sourire et aura passé le week-end au milieu des "copains" et des "camarades", soucieux de ne pas se mettre trop en avant et de la jouer collectif.

Il aura parlé trois minutes, comme les autres, en se présentant au micro comme « Olivier, du comité poste-Fedex ». Dimanche, il tentait de tempérer son optimisme : « C’est un peu tôt pour parler de réussite. Mais c’est un très bon rapport d’étape. Maintenant, ils nous reste six mois d’engueulades et d’étincelles pour parvenir à se mettre d’accord sur tout. Mais c’est quand même plus excitant qu’un train-train militant à gérer. »

Soucieux « d’avancer par étape », Olivier Besancenot vise « une dynamique boule de neige » et se dit certain « que bien d’autres attendent encore de voir et pourraient nous rejoindre après le congrès ».

Parité hommes-femmes et Ligue-"non-Ligue"

Le NPA aurait d’ores et déjà réunit « 9000 personnes, de près ou de loin, depuis des anciens de LO jusqu’à des réformistes radicaux », annonce François Sabado. Les ex-partenaires de la "gauche de gauche" à l’époque du référendum européen sont toujours frileux face à l’initiative trotskyste de recrutement par le bas. L’intellectuel altermondialiste Raoul-Marc Jennar et Clémentine Autain, qui a récemment signé l’appel de l’hebdomadaire Politis pour un rassemblement sur le modèle allemand de Die Linke (qui rassemble des anciens du SPD et des héritiers des communistes du PDS), étaient présents ce week-end.

Le premier est convaincu, et a conclu son intervention d’un « notre parti » à la tribune. La seconde est intriguée et s’est dit « frappée par l’enthousiasme et agréablement surprise par le nombre important de jeunes ».

L’ancienne adjointe apparentée communiste de Bertrand Delanoë reconnaît que « cette proposition politique n’existe pas ailleurs, de la part des autres partis. Mais il reste une série de questions sur le rapport au pouvoir qui ne me semblent pas tranchées. Je comprends l’indépendance vis-à-vis du PS, mais il ne faut pas fuir non plus les possibilités de créer les conditions d’une alternative politique ».

Clémentine Autain souhaite que « l’ouverture de la Ligue se fasse aussi vers les responsables des autres courants politiques, et non pas seulement vers les "simples héros du quotidien" ». Pour l’instant, l’ex-minorité de Lutte ouvrière (dite "la fraction étincelle") et le groupe de la Gauche révolutionnaire ont tous deux des représentants « observateurs » dans la « structure de coordination ».

Multiplié par trois, l’effectif militant du parti en gestation se répartit sur quasiment tout le territoire (« environ 400 comités, et seulement deux ou trois départements qui ne connaissent pour l’instant aucune implantation »). Ces comités ont désigné en fin de matinée dimanche un « comité d’animation », par consensus. Sur la soixantaine de membres qui vont « coordonner la transition » jusqu’à janvier, ils ne seront que 25 issus de la LCR.

Avec l’université d’été prévue en août (dont une bonne partie du temps sera consacrée au NPA) et une réunion d’étape déjà fixée à l’automne, le nouveau parti est en cours de structuration. Le principe d’une carte d’adhésion de "membre fondateur" a été acté, afin de « permettre de financer un peu nos participations aux luttes », explique la direction de la Ligue. Si le montant n’a pas encore été décidé, « il devrait tourner autour de 10, 20 euros », explique Sabado.

Quant au nom de la nouvelle Ligue, il confie que, pour l’instant, « ça oscille entre quelque chose autour de la gauche révolutionnaire et un acronyme sur le modèle du syndicat SUD ». Olivier Besancenot détaille la procédure : « Chaque comité fera des propositions en janvier, et on organisera un vote pour trancher au congrès. » Un congrès dont il assure ne pas vouloir « sortir en n°1. Il y aura plusieurs porte-parole et une direction collective, paritaire entre Ligue et "non-Ligue" et entre hommes et femmes. Et avec de nouvelles têtes ».

De “Peugeot Mulhouse” à “Jeudi noir”

Parmi ces « nouvelles têtes », on retrouve Leïla, jeune militante dans l’association parisienne Jeudi noir pour le logement, ou Vincent Duse, quadragénaire responsable CGT chez Peugeot à Mulhouse. Leïla a rejoint le NPA « en prenant la Ligue au pied de la lettre : ils nous ont dit : "Le parti sera ce que vous voudrez bien en faire, créez un comité et vous vous rendrez bien compte." Et on l’a fait. Pourtant, je vous assure que je n’ai jamais lu Trotsky. Je respecte ces idéologies, mais elles me dépassent complètement ».

Vincent, lui, est un syndicaliste qui avait déjà fondé un « petit groupe politique, Union 68, qui regroupait des anciens de LO, des inorganisés et des anciens anarchistes, et qui diffusait un journal devant l’usine ».

L’initiative de la LCR et le charisme de Besancenot ont fait le reste : « On était dans l’attente d’une telle structure et c’est tombé pile-poil. Désormais, on est 150 "stabilisés" et on a 850 contacts. Beaucoup d’ouvriers, la majorité des cégétistes de "Peugeot Mulhouse" sont au NPA. Mais aussi beaucoup d’immigrés, car on s’est beaucoup investis dans les luttes contre les expulsions de sans-papiers. Comme à l’usine avec le syndicat, on est un peu un parti de services, qui fait beaucoup d’aide juridique. »

Quand il s’agit de s’exprimer sur le rapport à entretenir avec le parti socialiste, Leïla et Vincent sont presque plus critiques et radicaux qu’Olivier Besancenot. Elle « n’en peut plus du PS qui ne fait rien ». Lui estime que « ceux qui font le jeu de la droite sont ceux qui ne s’opposent plus à la droite ».

De son côté, Besancenot assure que « le NPA n’est pas un parti contre le PS, mais contre la droite. Et nous, contrairement à eux, on n’a pas créé une commission pour surveiller ce qu’ils font. Nous, nous voulons une autre société et pas une société capitaliste. Ça fait déjà une grosse différence ». Besancenot prépare un livre pour faire le point sur l’expérience du NPA. Date de sortie prévue : le 17 novembre. Au lendemain du congrès socialiste.

Intervention de Raoul-Marc Jennar : pour un éco-socialisme du XXIè siècle












C’est la première fois, depuis très, très longtemps, que j’interviens à une tribune pour parler d’un parti politique. Et tout compte fait, c’était peut-être plus facile de parler de la proposition Bolkestein, du TCE ou des accords de l’OMC. Mais bon, les années passent et j’appartiens à cette génération qui rêve depuis trop longtemps d’un parti de gauche enfin conforme dans les actes à ses valeurs et aux espérances qu’il porte. Alors, j’ai décidé de ne plus me contenter de rêver.

Je vais expliquer pourquoi je souhaite le succès du projet NPA. Je n’aime pas ce nom provisoire ; j’espère qu’on va en trouver un autre, plus positif. Mais là n’est pas l’essentiel. Et, pour la commodité, je m’en servirai ce soir.

Je le souhaite parce que la LCR est la seule qui propose de se fondre dans un ensemble plus vaste où se retrouveront celles et ceux qui partagent les mêmes analyses, les mêmes alternatives et les mêmes stratégies. Aucun de ces partis ou groupes qui ont flingué le projet NPA avant même qu’il ait vu le jour n’a proposé d’en faire autant. Aucun. Même pas les Alternatifs Rouges et Verts dont le porte-parole distribue régulièrement des bons et des mauvais points aux uns et aux autres au nom d’une unité pour laquelle, comme les autres, son organisation ne propose rien d’autre que de répéter les erreurs passées.

Je souhaite le succès du NPA, parce que ce projet implique une cohérence qui est la seule garantie contre les dérives et les déceptions inévitables lorsqu’on met ensemble des contraires. On ne peut pas construire un rassemblement crédible entre des productivistes et ceux qui veulent d’autres modes de consommation, entre des pro-nucléaires et des écolos, entre des cocos et des libertaires, entre des partisans de l’Europe telle qu’elle se fait et des adversaires de cette Europe-là. On ne rassemble pas ceux qui veulent adoucir le capitalisme et ceux qui veulent le dépasser. L’appel de Politis ne tire aucune leçon de l’échec du rassemblement que nous avons tenté de construire sur la base de l’appel du 11 mai 2006 en vue d’une candidature unique à la présidentielle. On ne rassemble pas des contraires. Croire ou faire croire que le PS puisse redevenir socialiste, croire ou faire croire que le PCF puisse renoncer à ses liens avec le PS, c’est refuser de tirer les leçons des 25 dernières années et c’est entretenir des illusions sans lendemain.

Tout cela doit nous convaincre que la pertinence du projet NPA repose sur son contenu. Ce contenu doit traduire une mutation par rapport au message historique véhiculé par la LCR.

Cela ne signifie en rien que les militants de la LCR doivent se renier. Car la LCR elle-même a déjà intégré de nombreux thèmes qui sont constitutifs de cette mutation. Cela veut dire qu’il faut faire ce que la LCR comme telle n’a jamais fait - et François Chesnais le rappelait très bien dans une récente tribune - il faut donner à cette mutation une base théorique. Il faut que le projet du nouveau parti s’appuie sur une analyse globale du monde tel qu’il se présente à nous, non pas au 19e siècle, ni en 1917, mais aujourd’hui.

Je ne vais pas développer maintenant tous les éléments de cette analyse. J’en retiens trois qui sont ceux qui m’importent le plus comme militant altermondialiste :

  • la démocratie et les libertés fondamentales
  • la mondialisation
  • l’égale centralité de la question sociale et de la question écologique.

LA DEMOCRATIE ET LES LIBERTES FONDAMENTALES

Je ne suis pas de ceux qui limitent l’engagement au terrain institutionnel. Je suis convaincu que vouloir changer la vie, cela peut se traduire par bien d’autres modes d’action que celui qui consiste à se faire élire. Et je voudrais au passage regretter à quel point on néglige encore trop les techniques fournies par la désobéissance civile qui sont une des formes efficaces de l’insurrection et qui, trouvaient déjà dans l’article 35 de la plus belle Constitution que la France se soit jamais donnée, celle de 1793, un fondement légal, puisque cet article disposait que « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

C’est manifeste, le champ institutionnel ne peut être le seul sur lequel l’action du NPA doit s’engager. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille le négliger. Car il apporte un élément hors duquel rien n’est acceptable à mes yeux : la garantie que les transformations indispensables sont le résultat de la volonté populaire majoritaire et non pas celui de la contrainte imposée par une minorité, fut-elle éclairée.

La démocratie est donc un élément incontournable dans la construction d’une alternative. Mais force est de constater que la démocratie n’a jamais réalisé la célèbre formule d’Abraham Lincoln : « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » Et j’ai envie de dire : moins que jamais. Car, comme jamais, aujourd’hui, les représentés ne se sentent plus représentés par leurs représentants. L’usage abusif de la délégation, de la communauté de communes à la Commission européenne, a complètement dévoyé la démocratie représentative. La professionnalisation de la représentation la confisquée. Et ce qui vaut pour les institutions vaut, avec la même intensité, pour les partis politiques tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui.

De la commune à l’Europe, la démocratie est à refonder. Il faut reprendre le rêve de Jaurès et faire de la démocratie un outil révolutionnaire.

De même, je suis convaincu que le parti à créer doit être à la pointe du combat pour les libertés fondamentales. J’appelle libertés fondamentales aussi bien les droits individuels que les droits collectifs.

Depuis une vingtaine d’années, une série de lois qui portent les noms de Pasqua, de Chevènement, de Vaillant, de Perben, de Sarkozy, de Dati, d’Hortefeux sont de véritables agressions contre les libertés fondamentales et de répugnantes atteintes à la dignité humaine. Les libertés reculent. Et nous oublions cet avertissement du pasteur antinazi Niemöller :

« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit,

Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit,

Je n’étais pas syndicaliste

…et vous connaissez la suite, une suite à laquelle on pourrait ajouter,

Quand ils sont venus chercher les sans-papiers, je n’ai rien dit,

J’avais mes papiers

Une suite qui se termine par

Puis quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester ».

N’oublions pas cet avertissement. Les libertés reculent. Gravement.

Depuis le 11 septembre, au nom de la lutte contre le terrorisme, au nom de la sécurité, les lois liberticides se sont multipliées. Au niveau national et aussi au niveau européen, comme on vient encore de le voir avec la directive de la honte. Bien évidemment la sécurité est un droit. Et de ce point de vue, je dirai que le droit de ne plus vivre dans la peur reste à conquérir, dans les usines comme dans les quartiers. Mais jamais au prix des libertés fondamentales. Benjamin Franklin, dont on oublie souvent qu’il fut un grand penseur des Lumières, disait : « Ceux qui sont prêts à sacrifier une liberté essentielle pour acheter une sécurité passagère ne méritent ni l’une, ni l’autre. »

Approfondir la démocratie, défendre et promouvoir les libertés fondamentales est un impératif. Ce l’est encore plus quand on prétend à des changements révolutionnaires. La fin est déjà dans les moyens.

LA MONDIALISATION

Avec la mondialisation, nous sommes en présence de l’entreprise la plus gigantesque d’asservissement que l’humanité ait jamais connue. Nous dépassons déjà, ici et là, ce que redoutaient Huxley et Orwell. Nos gouvernements, assistés par le bureau d’études dont ils se sont dotés qu’est l’OCDE, l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques, ont fourni la capacité de limiter le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes à des institutions internationales, - la Banque Mondiale, le Fond Monétaire Internationale, l’Organisation Mondiale du Commerce - qu’ils ont dotées de pouvoirs contraignants. Au seul bénéfice des firmes transnationales.

Il faudrait plusieurs soirées pour décoder les textes et expliquer les mécanismes. Je veux simplement, à travers trois exemples concrets, indiquer qu’il n’est pas possible d’ignorer la mondialisation quand on prétend transformer la société. Il n’est pas possible comme le font encore si souvent les organisations syndicales d’attendre, pour réagir, les retombées nationales des négociations internationales ou européennes. Désormais, si on ne veut pas se résigner à des combats d’arrière-garde perdus d’avance, il faut se battre avec la même intensité au niveau national, au niveau européen et au niveau mondial.

Nous sommes confrontés au plus sinistre des jeux de poupées russes. La plus petite, c’est chacun de nos Etats ; la moyenne pour nous Européens, c’est l’Union européenne ; la plus grande c’est une des trois institutions que je citais à l’instant. Bien des réformes qu’on nous impose aujourd’hui au niveau national ne sont que l’exécution de décisions prises avec la participation du gouvernement français au niveau européen et au niveau d’une de ces institutions mondiales.

Plus concrètement, prenons, par ex. la mise en concurrence des activités de services, c’est-à-dire la libéralisation qui n’est bien souvent qu’une étape vers la privatisation. Elle a d’abord fait l’objet de négociations internationales entre 1986 et 1994. Mais dans le même temps, les gouvernements français de l’époque et Jacques Delors au nom de l’Union européenne concoctaient l’Acte unique européen et le Traité de Maastricht. Dans le même temps, au niveau national, Bérégovoy faisait adopter une loi de déréglementation financière. Ainsi était créé le cadre pour appliquer en Europe et au niveau national ce qui allait devenir l’AGCS, l’Accord Général sur le Commerce des Services, un des accords gérés par l’OMC. Son objectif est de privatiser à terme toutes les activités de tous les services dans tous les secteurs, au-travers de négociations successives. Et tout découle de l’AGCS. Au niveau européen, la stratégie de Lisbonne, les décisions de Barcelone, le processus de Bologne, la proposition Bolkestein. Au niveau français, la privatisation totale du secteur bancaire, les mises en concurrence et les privatisations dans les secteurs de l’énergie, de l’eau, des transports, de la poste, de la santé, de l’enseignement.

Un autre exemple, l’Accord de l’OMC sur les droits de propriété intellectuelle. Sans cet accord, il n’y aurait pas captation de toute la chaîne du vivant et en particulier de la chaîne alimentaire par l’agro-business, il n’y aurait pas les OGM, il n’y aurait pas l’appropriation de la biodiversité par les firmes privées, que nous appelons la biopiraterie. Sans cet accord, la santé de dépendrait pas des multinationales de la pharmacie et l’accès aux médicaments essentiels ne dépendrait pas du niveau de revenus des millions de gens qui meurent faute de pouvoir se soigner. On touche ici aux limites indispensables que l’humanité doit imposer au droit de propriété.

Un troisième et dernier exemple, c’est l’Accord de l’OMC sur l’Agriculture. C’est cet accord qui oblige les pays du Sud à ouvrir leurs frontières aux exportations de l’Europe et des USA, des exportations subventionnées dont les prix sont de ce fait moins élevés que ceux des produits agricoles des autres pays. Les pays riches ont imposé au monde des règles dont ils se sont exonérés de l’application. C’est aujourd’hui le principal responsable de la crise alimentaire mondiale.

Ce ne sont que trois exemples. Il y en a d’autres. Le NPA ne servira à rien s’il n’intègre pas totalement ce combat contre la mondialisation. C’est un combat difficile, mais c’est un combat indispensable.

L’EGALE CENTRALITE DE LA QUESTION ECOLOGIQUE ET DE LA QUESTION SOCIALE

Ce que je viens d’évoquer à propos de la mondialisation nous montre que l’exploitation des humains et la destruction de la nature sont indissociablement liés. En effet, questionner les finalités du profit et de l’accumulation amène automatiquement à questionner les finalités de la production et de l’échange au regard des effets produits à la fois sur les hommes et sur leur cadre de vie.

Un projet alternatif ne doit pas seulement remettre en cause la propriété capitaliste ; il ne doit pas s’inscrire exclusivement dans une logique de satisfaction des besoins. Il doit aussi et en même temps préserver les écosystèmes qui pérennisent le cadre de vie local et global. L’écologie n’est pas seulement une catégorie qui s’ajoute à d’autres dont il faut aujourd’hui se soucier. Le rapport à la nature, après des siècles d’efforts pour la dominer, est devenu une question centrale de la survie de l’humanité. La perte de la biodiversité et la destruction des écosystèmes ne peuvent être reléguées au chapitre des profits et pertes du productivisme.

Exploitation des humains et exploitation de la nature relèvent d’un même système qui ne recule devant rien pour accumuler les profits.

Pour bon nombre d’altermondialistes dont je suis, il n’était pas besoin d’avoir lu Marx pour procéder à ce constat. Mais je voudrais m’adresser à ceux qui s’appuient sur l’œuvre de Marx. Pour ce faire, n’ayant aucune compétence en la matière, je vais faire appel à des spécialistes, François Chesnais et Claude Serfati. Dans un ouvrage collectif intitulé « Capital contre nature », paru il y a cinq ans déjà, ils écrivaient « la montée de la pensée écologiste n’aurait pas été possible sans le terrible vide théorique et politique qui s’est formé du côté des marxistes (…) ; le retard très important de l’analyse marxiste plonge ses racines dans la lecture uniquement productiviste de Marx et d’Engels qui a été faite pendant des décennies. » Nos deux auteurs ajoutaient « La crise écologique planétaire a ses origines dans les fondements et les principes de fonctionnement du capitalisme. » Et François Chesnais, dans un article à paraître sous peu, déplore que « concentrée sur la question de la lutte contre l’exploitation dans le travail (…) la pensée critique se réclamant du marxisme radical a été terriblement déficiente sur le plan des rapports à la nature ».

Voilà quelque chose qui me réjouit : il n’y aurait donc pas de fatalité productiviste du marxisme après une lecture revisitée de Marx. Et des travaux théoriques comme ceux de Chesnais et Serfati peuvent beaucoup pour fonder le socle sur lequel nous devons construire le NPA.

Pour conclure, je voudrais indiquer pourquoi je suis ici ce soir.

Je me réclame de ce qu’on appelle aujourd’hui l’altermondialisme. Je ne représente que moi-même et je ne m’exprime qu’en mon nom. Mais je sais que les thèmes que j’ai développés ce soir sont ceux qui préoccupent beaucoup les altermondialistes. Le NPA ne répondrait pas à notre attente, s’il ne les intégrait pas dans son projet, s’ils n’étaient pas partie intégrante, explicite, de sa base théorique.

J’ajouterai que, oui, absolument, nous devons être révolutionnaires. Car n’est-il pas de projet plus révolutionnaire que de vouloir le bonheur pour tous ? C’est sur la fermeté que nous mettrons à vouloir transformer l’ordre établi que nous serons jugés. Nous sommes les héritiers de 1871, de 1848, de 1793. Georges Danton, peu avant de mourir disait : « nous confions au monde le soin de bâtir l’avenir sur l’espérance que nous avons fait naître ». Nous avons du travail. Ne nous contentons pas de faire de la politique. Faisons l’Histoire.

Texte de l’intervention de Raoul M. Jennar au meeting NPA de Clamart, 27 juin 2008

Alternatifs et NPA


















Texte de 2 militants des "Alternatifs" des Alpes Maritimes et réponse de Ingrid Hayes et Guillaume Liegard de la direction de la LCR....

NPA ou parti -mouvement : pour être plus clair encore

Le débat sur la création d’un nouveau parti anticapitaliste, lancé à l’initiative de la LCR, vient à son heure. Comme l’ont montré une fois de plus les élections municipales récentes, la gauche est en pleine crise. Le Parti socialiste n’est plus qu’une machine électorale ; à son ombre survivent les Verts et le PCF ; l’extrême gauche traditionnelle dévide son discours sans prise sur la réalité. Seul fait nouveau, les listes à gauche de la gauche obtiennent de bons résultats. Elles expriment l’aspiration à une politique résolument orientée à gauche, mais s’affirme aussi et plus fortement qu’auparavant l’aspiration à mettre fin à l’émiettement et à la dispersion à la gauche de la gauche traditionnelle, à la constitution d’une nouvelle force politique rassemblée et pluraliste.

La LCR, avec son projet de NPA, tente d’incarner cette aspiration. Nous devons prendre cette initiative au sérieux, en débattre clairement et sur le fond, ce qui implique de réfléchir à ce que pourrait être une force anticapitaliste tenant compte des expériences du passé ainsi que des conditions politiques, sociales et culturelles de notre époque, et tenter de préciser quelle pourrait être son organisation. Car l’aspiration à une nouvelle force est en soi très positive. Non pas parce qu’elle renforce nos propres convictions, mais parce qu’elle peut et doit nous donner l’élan nécessaire pour débattre et prendre des initiatives, au lieu de rester l’arme au pied et d’attendre des jours meilleurs, après l’épisode de l’après-campagne Bové qui n’a pas permis, à ce jour, de constituer cette nouvelle force que nous voulons.

Nous ne pouvons repousser ou ignorer l’initiative de la LCR en arguant que dans le passé, engagée dans des expériences et des processus unitaires (de la campagne Juquin en 1988 jusqu’au « Non de gauche » en 2005 suivi de la politique isolationniste de la LCR pour les présidentielles de 2007), elle a toujours fini par faire prévaloir son renforcement au détriment de ces structures unitaires et de la possibilité de se fondre dans une organisation plus large. Ce que nous savons de la LCR ne doit pas être oublié ; ce n’est pas là un obstacle infranchissable mais un élément de débat ; les pratiques et leurs pesanteurs sont en effet plus parlantes que les proclamations de bonnes intentions. Et ces proclamations d’ouverture sont même parfois contredites, à la lecture attentive de la presse de la LCR ou de la IVe Internationale (1).

Sans ignorer l’histoire et l’absence quasi totale de retour critique de la LCR sur son propre passé, mais sans en faire un préalable au débat, débattons donc sur le fond. Il existe en effet un lien étroit existe entre les pesanteurs de la LCR et la manière dont elle lance son initiative. Il faut donc identifier précisément ce qui fait problème. De ce point de vue, il vaut mieux éviter, quand on interroge légitimement la notion de « centralisme démocratique », de confondre léninisme et stalinisme, comme le fait R.-M. Jennar dans son adresse à D. Bensaid. La LCR vient d’une tradition léniniste que nous ne devons pas assimiler à la tradition stalinienne. A la différence du stalinisme, synonyme de bureaucratie et de terreur, le "léninisme" a été une culture révolutionnaire, mais marquée de pratiques autoritaires, aux conséquences redoutables, dès l’arrivée au pouvoir des bolcheviks ; culture entrée en crise du vivant de Lénine pour cette raison même. Mais c’est parce qu’elle s’appuie sur le meilleur de cette culture que la LCR peut aujourd’hui faire des propositions unitaires, même limitées et très insuffisantes, à la différence des autres organisations d’extrême gauche. Et on peut difficilement exiger d’une organisation qu’elle efface sa mémoire et son histoire et utiliser dans le débat raccourcis et simplifications.

Pour prendre le débat par le bon bout, demandons-nous d’abord quelles sont les fonctions que doit remplir une formation politique qui veut rompre avec le capitalisme, animer pour cela les luttes populaires et les luttes de classes, une formation qui ne se donne pas pour objectif de devenir le parti dominant ou dirigeant, mais d’assurer l’hégémonie, dans la société civile, des idées et des pratiques autogestionnaires. On peut repérer comme fonctions essentielles, sans vouloir être exhaustif : porter la mémoire des luttes indispensable à leur pérennité, assurer la synthèse entre l’expérience et la pratique, l’immédiat et le projet, permettre la théorisation, c’est-à-dire la généralisation des expériences et leur compréhension, prendre des initiatives et faire des propositions publiques pour orienter et développer les luttes. A la différence des mouvements sociaux qui se fondent chacun sur une question sociale et économique qui est sa raison d’être, ou des mobilisations citoyennes centrées sur un seul objet, la politique qui se réclame de l’anticapitalisme doit assurer la synthèse des luttes dans un projet d’émancipation global. Cela ne peut se faire dans des catégories telles que le rôle d’avant garde du parti ou la conscience venant de l’extérieur des luttes des exploités, issues du léninisme, qui, on l’a bien vu tout au long du 20e siècle, donnent la priorité à l’organisation sur le spontané à tel point que le spontané perd quasiment toute légitimité. Et cela ne peut non plus se faire sur la base d’un paradigme rouge, en reléguant au second plan les références à l’écologie, au féminisme et à la démocratie jusqu’au bout, à la fois comme moyen et comme but. Nous allons y revenir. Mais il faut aussi rompre avec des pratiques bien antérieures au léninisme, telles la subordination du social et du syndical au politique, l’autoritarisme interne, le culte de l’unanimité, la prééminence des élections sur les initiatives populaires ou l’élection comme débouché obligatoire des luttes, la participation aux institutions conçue comme une fin en soi. Et refuser, comme nous l’avons fait dans les deux précédentes décennies dans nos controverses avec les Verts –parti auquel nous avons refusé de nous rallier- le sectarisme (symétrique à celui du PCF) de la subordination des associations et des luttes écologistes aux intérêts du « parti écolo », et la substitution d’un paradigme vert (en simplifiant à l’extrême : tout découlerait de l’écologie et celle-ci aurait réponse à tout) à un paradigme rouge.

Ces formes d’organisation sont aujourd’hui caduques : les modalités de cristallisation d’une conscience anticapitaliste et la construction d’une nouvelle culture d’émancipation appellent à repenser la question du parti et obligent à inventer un autre type de force politique. Le léninisme est caduc et le type de parti qui lui est associé l’est tout autant. C’est donc de ce point de vue, et non pas d’un amalgame entre léninisme et stalinisme, que le centralisme démocratique n’est plus acceptable (2).

Commençons par rompre d’une part avec le centralisme et la verticalité, en donnant la priorité aux formes de décisions les plus démocratiques dans la perspective d’une organisation autogestionnaire ; reconnaissons et respectons d’autre part sans restriction et sans exception l’autonomie des mouvements sociaux, de leurs formes, de leurs contenus, de leurs rythmes.

1. L’organisation interne.

Elle est décisive. Après l’échec cuisant des révolutions du XXe siècle, qui se sont rapidement bloquées à leur stade initial, quand elles n’ont pas dégénéré, cette organisation interne donne à voir la sincérité de nos convictions et de notre projet d’émancipation. Ici, la forme rejoint le fond. La forme parti doit être remise en cause au profit du parti-mouvement. Le parti-mouvement associe l’idée de stabilité et de continuité à celle de démocratie active et se dissocie de l’idée de réseau, inadéquate en tant que forme d’organisation interne. Le parti-mouvement s’inspirera de la nouvelle culture en gestation dans le mouvement altermondialiste. Il ne s’agit pas de faire disparaître toute centralité, lieu où les pratiques se socialisent, les idées se confrontent, les décisions se confirment après débat interne, mais de donner la priorité aux droits des adhérents et adhérentes, à la démocratie, à l’expérimentation, au fonctionnement en réseau et au déploiement des initiatives individuelles . La centralité assure sans coercition la démarche collective et sa pérennité. Autogestionnaire dans ses objectifs, le parti-mouvement doit l’être dans son fonctionnement. Sans formalisme ni spontanéisme, les pratiques autogestionnaires doivent être non pas institutionnalisées, ce qui débouche sur la bureaucratie, mais instituantes, c’est-à-dire qu’elles trouvent dans les institutions auxquelles elles donnent naissance leur prolongement et un point d’appui pour de nouvelles conquêtes (3), et non des structures formelles vidées de tout mouvement réel. La rotation des responsabilités et la parité dans tous les lieux de direction sont impératives. Le droit de tendance doit être respecté, même s’il ne suffit pas à assurer la démocratie. Il s’agit de prendre en compte et de favoriser la diversité culturelle et sociale de ses adhérents et adhérentes, la cohérence de l’organisation existant non pas par l’autoritarisme et l’unanimité, mais par la participation de tous et de toutes aux initiatives décidées en commun, à la critique, à l’élaboration de la stratégie, du projet et des programmes. De ce point de vue le centralisme démocratique, même débarrassé de ses caricatures staliniennes, parce qu’il donne la priorité à une centralité devenue centralisme, est caduc. Et la manière dont, dans l’organisation, une majorité traite sa minorité -ou ses minorités- est le meilleur révélateur de la véracité de ses options démocratiques (4).

2. Le parti mouvement et les mouvements sociaux.

Abandonner l’idée de subordonner le social au politique n’est pas renoncer à travailler en commun. Le mouvement altermondialiste a montré que le travail en réseau, ici irremplaçable, et les coopérations horizontales entre syndicats, associations et forces politiques est possible. Le parti-mouvement ne dirigera ni les syndicats, ni les associations, ni les mouvements de masse et ne s’y substituera pas. Il renoncera aux fractions ou tendances politiques dans les syndicats et les associations. Avançons l’expression paradoxale de "coopération conflictuelle" pour exprimer que les luttes communes du politique et du social contre leurs ennemis communs n’excluent nullement les contradictions, les désaccords, et exigent une critique réciproque, de même qu’un débat public et socialisé : le plus grand nombre est concerné.

3. Le projet.

Dans un monde ravagé par le capitalisme mondialisé, l’anticapitalisme doit être le fil rouge du projet. Le féminisme et l’écologie en sont partie intégrante ; ce ne sont pas les contradictions secondaires de l’anticapitalisme qui serait la contradiction principale. Simplement, même si les dégâts dans le milieu naturel sont vieux comme l’humanité, ils prennent sous le règne du productivisme capitaliste l’allure d’une catastrophe permanente ; et même si la domination subie par les femmes a sa logique et son autonomie propres, elle recoupe l’organisation capitaliste du travail où les femmes occupent toujours, pour le plus grand nombre, une place subalterne.

Quant à l’autogestion, elle n’est ni un supplément d’âme ni un objectif lointain pour les lendemains de la prise du pouvoir. L’autogestion est une exigence immédiate, but et moyen à la fois, pratique dans les luttes et aspiration dans le fonctionnement même des structures associatives, syndicales, politiques. L’autogestion ne supprime ni ne remplace la lutte des classes mais rend effective la démocratie dite participative, que nous préférons appeler démocratie active, en l’insérant dans un processus global, celui de l’émancipation sociale. Généralisée à la société tout entière, elle concerne aussi bien les lieux de production au sens large, que les lieux de décision, et implique la lutte contre la bureaucratie et la gestion étatique centralisée. Réapparue en Amérique du Sud, elle est dès aujourd’hui vivace dans l’entreprise comme dans la vie de la cité à travers les aspirations tenaces à la démocratie dite participative. Il s’agit donc d’avancer sur tous les fronts à la fois. Le féminisme, en tant que revendication à l’égalité des droits et qu’expression d’une émancipation spécifique, doit être intégré à la définition d’une société émancipée au même titre que la propriété collective des moyens de production. Les victimes de la crise écologique sont pour l’essentiel les mêmes que les victimes de la crise économique, ce sont les plus pauvres, les plus exploités. La synthèse du rouge et du vert est possible. Elle permettra de se situer clairement à gauche et de reprendre des mains de la gauche traditionnelle en pleine débandade le flambeau de l’émancipation sociale.

Tout cela ne peut se faire qu’en croisant et dépassant les cultures politiques de lutte sociale issues du 20e siècle. Aucune n’est à négliger, chacune porte une part des expériences passées. Aucune n’est sortie indemne des drames qui ont marqué le mouvement ouvrier (5), toutes en subissent les conséquences ; ce dépassement doit se faire en commun. Des milliers d’hommes et de femmes sont prêts à faire cette expérience si on les associe à toutes les étapes de son déroulement. Il faut s’adresser non seulement aux militants et militants des organisations et courants politiques, mais en même temps à toutes celles et tous ceux que l’on retrouve dans les mobilisations féministes, antiracistes, écologistes, sociales, les pratiques autogestionnaires et alternatives, et toutes ces contestations sectorielles qui forment le kaléidoscope de l’altermondialisme.

Une question se pose donc à propos de l’initiative de la LCR : si l’objectif est un rassemblement anticapitaliste, autogestionnaire, féministe, écologiste, et compte tenu du fait qu’actuellement aucune organisation ne peut prétendre posséder la culture qui réalise la synthèse de ces quatre aspects, la seule voie praticable n’est-elle pas de mettre ce projet en œuvre en y associant dès le début organisations, militants et militantes dans des structures unitaires ? Tout doit se faire de bas en haut et non de haut en bas, dans le pluralisme et non pas autour d’une seule organisation. De la base au sommet, aux échelles locale, départementale ou régionale, comme au plan national, toutes les initiatives allant dans ce sens, et permettant de mettre fin à la fragmentation existant à la gauche du PS, sont nécessaires : Etats-Généraux, Forums...

Ce n’est pas faire un procès d’intention, ni rompre les ponts que de constater qu’en voulant conduire le processus sous sa seule responsabilité, la direction de la LCR ne prend pas cette voie. Or des questions comme l’indépendance sans sectarisme à l’égard du PS et la présence sans compromission dans les institutions, abordées par R.-M. Jennar et D. Bensaid dans leurs échanges, ne peuvent se régler sans croiser les expériences des différentes cultures et expériences sur ces questions.

Pour être plus concret, on ne peut laisser entendre que le refus de gouverner aujourd’hui ou même demain avec le PS, justifié et commun, n’en déplaise à R.-M. Jennar comme D. Bensaid, à l’ensemble de la gauche anti-libérale, impliquerait mécaniquement le refus absolu de toute alliance avec le PS dans les institutions, en particulier les institutions locales, où les exemples d’avancées dans les politiques publiques obtenues par ce type d’alliance, sont très nombreux. Ou alors le slogan « battre la droite » n’est qu’une formule démagogique.

Quand nous disions, dans une précédente contribution, que « La nouvelle culture politique, autogestionnaire, n’est pas seulement le fruit d’une nouvelle pratique politique, elle en est aussi la condition de possibilité », ce n’est pas pour opposer au projet du NPA un autre projet « clé en mains ». Mais le parti-mouvement que nous proposons, avec les caractéristiques développées dans cette contribution, se justifie à nos yeux par une expérience politique profondément marquée par l’émergence de l’altermondialisme voici une dizaine d’années maintenant. Militants des Alternatifs, ne prétendant pas engager notre organisation, nous souhaitons que la gauche alternative débatte avec la LCR, et dans le même temps, s’interroge de manière féconde sur les références politiques qui pourraient être celles d’un parti-mouvement, plus nécessaire que jamais aujourd’hui

Bruno Della Sudda et Romain Testoris, Nice, le 28 avril 2008

(1) On lit dans la dernière livraison d’Inprecor, revue de la IV° Internationale, le texte d’une intéressante intervention de F.Sabado, membre du BP de la LCR et de l’exécutif de la IV° Internationale, faite à une réunion tenue à Sao Paulo (Brésil) en décembre 2007, dans lequel il est dit : « (…)Ainsi, tout en gardant les liens de la LCR avec la IV° Internationale, ce nouveau parti ne sera pas un parti trotskyste ». De même, plus haut dans l’article, sont livrées les références du nouveau parti anticapitaliste. Avant même sa naissance, l’essentiel serait-il donc déjà décidé par l’actuelle direction de la LCR ? (2) Faute d’une critique argumentée de centralisme démocratique de la part de RM Jennar, D Bensaid peut réaffirmer, en réponse, ses certitudes sur la question, dans des termes quasi intemporels. Instructive est aussi dans la réponse de D Bensaid l’analyse qu’il délivre du mouvement altermondialiste, très réductrice et vidée de la nouvelle culture politique qui caractérise justement l’altermondialisme (3) Y compris dès aujourd’hui, même s’il s’agit de conquêtes limitées et partielles. Ce qui renvoie à la question des institutions et de l’indépendance sans sectarisme vis-à-vis du PS : voir plus loin dans le texte (4) De ce point de vue, la récente « affaire Picquet » au sein de la LCR ne jette-t-elle pas une ombre inquiétante sur le futur NPA par les pesanteurs qu’elle révèle en matière d’organisation interne ? Les moyens de l’organisation appartiennent-ils à tous ses membres ou seulement à sa majorité ? (5) Y compris la culture politique dont se réclame la LCR : le bilan historique des différents courants trotskystes n’est-il pas lui aussi nécessaire, y compris avant de se débarrasser de la référence au trotskisme, comme semble l’avoir décidé la LCR pour le NPA, avant même la naissance de celui-ci ?

TamTam liste de diffusion des Alternatifs des Alpes-Maritimes B.P. 2016 - 06101 NICE cedex 2


Pour être tout à fait clair

En réponse à Bruno Della Sudda et Romain Testoris

Le texte de 2 militants des Alternatifs des Alpes-Maritimes sur la question du NPA mérite une réponse de fond qui nous l’espérons n’aura pas trop tardé. Il est à noter que contrairement à la position « officielle » donné par les Alternatifs à notre congrès et qui débute par « les Alternatifs ne sont pas concernés » les deux camarades se situent, eux, dans une logique de débat quant au NPA même si les divergences entre nous sont réelles.

Désaccords et malentendus

Nous n’avons pas avec les camarades la même tradition politique ni le même parcours militant et donc par voie de conséquence nous ne tirons pas le même bilan des années passées. Si, heureusement, cela n’empêche en rien d’avoir un avenir commun, il n’est pas inutile de revenir sur les positions développées par les camarades.

Notons tout d’abord que la LCR est la seule organisation à s’engager dans un processus de construction d’un nouveau parti. Il ne s’agit pas d’un débat pour un nouveau parti, ni d’un cadre de discussion qui pourrait peut-être un jour poser les jalons d’un tel parti mais bien d’un processus constituant de ce nouveau parti avec à la clé, la disparition de la LCR en tant que telle. Cela n’est pas rien. Affirmer dès lors que la LCR « a toujours fini par faire prévaloir son renforcement au détriment de ces structures unitaires et de se fondre dans une organisation plus large » apparaît pour le moins paradoxal. On comprend mal pourquoi la seule offre politique nouvelle proviendrait de cette même LCR qui a aujourd’hui tous les éléments pour assurer son renforcement politique. Du point de vue des camarades, il doit y avoir un grand mystère.

Pourtant et contrairement à ce qu’indique le texte des camarades, il y a des raisons profondes à cette politique qui tiennent justement aux bilans que nous avons tirés de ces dernières années. Pour tout dire, l’insistance que portent les camarades sur « la matrice léniniste » de la LCR et les éventuels problèmes afférents au centralisme démocratique nous paraît un peu décalée avec la réalité de notre organisation. La LCR est aujourd’hui une organisation qui a doublé depuis 2002 et dont seuls 15% étaient déjà membres en 1995. Nous avons la faiblesse de croire que notre relative prospérité doit aussi aux bilans que nous avons tirés de notre propre expérience. En particulier, le travail entrepris à partir de la fin des années 90 pour rompre avec un certain élitisme, pour être mieux à même d’intégrer des expériences différentes, des investissements inégaux nous ont armé pour gérer les succès ultérieurs. Les débats qui nous ont traversé à cette époque, les décisions que nous avons alors prises ont permis d’ouvrir largement les portes de notre organisation après la présidentielle de 2002. Au passage, d’organisation régie par le « centralisme démocratique », la LCR est désormais une organisation « centralisée et démocratique ». Et parce que dans notre tradition politique, les mots ont un sens, il ne s’agit pas d’un glissement sémantique.

Le problème qui est posé à la gauche radicale de ce pays depuis plusieurs années – disons 95 – c’est le décalage entre la radicalité sociale, politique, y compris électorale, qui s’exprime et la cristallisation organisationnelle de cette même radicalité. D’un certain point de vue, l’absence de répondant politique bride le champ des possibles sur le terrain des luttes. C’est la raison profonde qui nous a amené à lancer notre initiative de NPA. Avec une rupture dans l’histoire de la LCR, même si de fait elle était déjà largement amorcée en son sein, accentuant l’abandon de la logique d’une organisation avant gardiste.

Quel type d’organisation

Au-delà des dénominations, parti, parti mouvement ou autre, discutons en effet des formes d’organisation et de fonctionnement. Nous partageons l’idée que la forme rejoint le fond et que « l’organisation interne donne à voir la sincérité de nos convictions et de notre projet d’émancipation ». Notre projet commun est de rompre avec un système capitaliste source d’oppressions et d’aliénations qu’elles soient économiques, sociales, idéologiques ou culturelles. L’organisation qui porte un tel projet doit donc, dans ses pratiques mêmes, au quotidien, combattre les effets de l’idéologie dominante dans ses propres rangs. Mais parce que ce parti ou parti mouvement n’est pas extérieur à la société capitaliste, ses militants et militantes ne seront pas pleinement affranchi(e)s de la société capitaliste. Dit autrement, nulle structure ne peut prétendre être un îlot de socialisme dans un monde capitaliste. Il n’en reste pas moins que l’objectif est là, mais il faut être conscient qu’il subsistera une tension entre le but et la réalité. Le problème n’est donc pas entre centralisme et autogestion comme semble le penser les camarades. L’autogestion, les pratiques autogestionnaires apparaissent un peu comme une réponse magique dans le texte des camarades. Entendons-nous bien, l’autogestion doit bien être au centre des pratiques. On ne peut tout à la fois porter un projet où les travailleurs et travailleuses s’administreront eux-mêmes et en même temps avoir un mode de fonctionnement interne qui par des pratiques autoritaires serait en rupture avec ce même projet.

Une organisation où chacun, chacune puisse trouver sa place à l’égal de tous les autres. Une formation ou chacun(e) est acteur ou actrice et qui permette « la participation de tous et de toutes aux initiatives décidées en commun, à la critique, à l’élaboration de la stratégie, du projet et des programmes » tel est en effet l’enjeu. Mais parce que nous voulons créer les conditions d’un parti à vocation de masse, parce que nous avons rompu avec certains schémas comme celui du parti d’avant-garde, les choses ne sont pas si simples. . L’expérience qui est la nôtre ces dernières années nous apporte quelques éléments mais nous enseigne aussi beaucoup d’humilité. Et plus la formation que nous voulons construire se renforcera, plus elle sera capable de recruter largement dans les couches les plus populaires et les plus défavorisées, ce que sociologiquement nous souhaitons tous, et plus certaines difficultés, certaines différenciations existeront : par exemple une inégalité d’expériences entre celles et ceux qui ont plusieurs dizaines d’années d’expériences politiques, syndicales ou associatives et les militant(e)s qui n’auront rien de tout cela. Autre exemple, celui de la différence d’investissement entre celles et ceux qui pourront donner plus de temps et les militant(e)s qui par choix (et c’est aussi légitime) ou par contrainte (situation sociale ou familiale) ne pourront pas être aussi présent(e)s. Bref des questions pour aujourd’hui et pour demain qui n’admettent pas de réponses simples même si des pistes existent. Reste la question de la nature centralisée ou non d’une telle organisation. Les camarades indique « qu’il ne s’agit pas de faire disparaître toute centralité, lieu où les pratiques se socialisent, les idées se confrontent, les décisions se confirment après débat interne, mais de donner la priorité aux droits des adhérents et adhérentes, à la démocratie, à l’expérimentation, au fonctionnement en réseau et au déploiement des initiatives individuelles ». Cet extrait appelle plusieurs remarques.

Sur le fonctionnement en réseau, pour ne pas être trop long, nous renvoyons au texte de Pierre Rousset (En défense du principe d’organisation », 2007, http://www.europe-solidaire.org/spip.php ?article4979), ainsi qu’au texte de S. Johsua et P. Rousset à paraître dans le prochain numéro de Critique Communiste. Mais, ce qui fonde, pour nous, le choix d’un fonctionnement centralisé n’est pas d’abord une question d’organisation interne mais le produit d’un choix stratégique. L’enjeu est bien un changement de pouvoir et une rupture avec l’ordre, le système existant, face a un ennemi qui dispose lui d’un cadre centralisé d’où s’organise sa domination : l’Etat. Toute l’expérience historique démontre que lorsqu’on refuse de se poser la question du pouvoir, cela revient à laisser le pouvoir au pouvoir, et donc à laisser à ce dernier les moyens de réprimer ou de récupérer les dynamiques alternatives. Est-ce sans risque ? La réponse est non. La gauche révolutionnaire doit-elle interroger ses conceptions et pratiques passées ? Bien évidemment.

Le projet, la démarche, les institutions

En définitive, outre que le pouvoir dominant agit en permanence contre une « fusion » directe des mouvements sociaux, le surgissement d’un point de vue globalement opposé à ce pouvoir est nécessaire. Il exige l’affirmation d’une autre hégémonie idéologique, culturelle, pratique, politique, bâtie donc dans l’indépendance de classe complète par rapport au système dominant. L’indépendance de classe est au cœur de tout véritable projet alternatif de société. Elle peut certes s’affirmer dans le feu des luttes. Mais, dans la durée, elle ne peut venir que d’une construction consciente. Celle qui s’appuie sur les bilans de l’histoire (et donc tient le coup dans les périodes de recul), sur la mise en liaison d’expériences diverses – sociales, nationales, générationnelles -, sur l’élaboration constante d’un projet global. La fonction du parti « de transformation sociale » est d’abord celle-là.

Ce qui fait, aussi, débat c’est la manière même dont nous avons initié le processus. La réponse que nous sommes en train de donner est bien sûr le fruit des débats passés dans la LCR et notamment de la nécessité de notre propre dépassement. Mais il est vrai qu’il y a une rupture. Non pas que nous ayons renoncé aux perspectives de jonction avec d’autres courants, sensibilités politiques ou à tout effort pour gagner des équipes et des responsables du mouvement social. D’ailleurs l’expérience en cours nous montre que c’est effectivement le cas pour partie. Mais parce qu’il y a urgence, parce que d’un certain point de vue, la Ligue en tant que telle ne peut pas répondre aux attentes qu’elle a elle-même suscité nous avons fait le choix de ne pas subordonner le processus à l’existence d’éventuels partenaires. Le succès d’ores et déjà enregistré, 300 comités constitués, une centaine en gestation traduit l’émergence d’une nouvelle génération militante en partie extérieure au mouvement ouvrier existant et nous conforte dans notre démarche. La réalité existante devrait lever les inquiétudes de celles et ceux qui pensent que « la LCR veut conduire le processus sous sa seule responsabilité ». Nous sommes convaincus que le processus de décantation ne fait que commencer et que des organisations, courants ou militant(e)s vont, de plus en plus, se poser la question, avec ou sans réserve, de participer à la construction du NPA. Nous souhaitons évidemment une telle issue, le plus tôt sera le mieux et nous sommes preneurs de toutes les discussions mais d’un certain point de vue la balle n’est pas dans notre camp.

Sur les institutions, l’approche des camarades nous paraît pour le coup fragile. Il existe sans doute un accord entre nous pour que le centre de gravité d’une organisation anticapitaliste soit en dehors des institutions. Ce positionnement n’est pas d’abord le produit des bilans des différentes organisations du mouvement ouvrier au cours du XX° siècle, même si évidemment, l’enfouissement dans les institutions, les éléments de bureaucratisation ne comptent pas pour rien. Mais plus substantiellement, la source profonde de ces dérives réside dans la nature même de ces institutions. Ce ne sont pas des structures neutres dont la fonction pourrait varier du tout au tout suivant l’appartenance politique de celles et ceux qui les dirigent. Pas de société anticapitaliste possible dans le cadre des institutions de l’Etat capitaliste. Et en même temps, surtout dans un pays comme la France, nulle organisation ne peut prétendre à l’hégémonie politique nécessaire pour renverser le système sans se confronter aux institutions. La conquête de cette hégémonie ne sera pas d’abord le fruit d’une adhésion idéologique, mais le produit d’une organisation qui aura démontré ces capacités à être utile au quotidien, à sa capacité à transformer et améliorer réellement le sort des plus démunis, à exploiter tout ce que Gramsci aurait appelé « les gisements de communisme ». Cela suppose aussi des positions institutionnelles mais en sommes-nous là ? Il y a une différence entre participer et gérer et de ce point de vue, il n’y a pas de doute que les différents échelons ne se valent pas. Ce qui est possible dans une municipalité, l’est beaucoup moins dans une région et est impossible au niveau du gouvernement. A cela s’ajoute de plus le poids croissant des directives européennes, échappant à toute démocratie, mais corsetant toutes marges de manœuvre institutionnelle dès que l’on dépasse le niveau local. Compte tenu en plus des modes de scrutin, c’est dans ces conditions que se pose la question du PS. Non pas une social-démocratie historique, abstraite mais le PS d’aujourd’hui ses positions, sa pratique, sa politique, sa conversion quasi unanime désormais au marché et donc au libéralisme. Disons tout d’abord que l’indépendance à l’égard du PS passe par une présence indépendante aux élections. L’antinomie des projets l’exige, ajoutons que les positions institutionnelles ne peuvent être octroyées, elles doivent être conquises. Nous ne souhaitons pas faire le bilan des Alternatifs, mais il nous semble que la position adoptée par votre organisation dans une ville comme Nantes (qui n’est pas exactement une bourgade) ne peut être que source de confusion surtout quand on rappelle que le maire J.M. Ayrault est en même temps président du groupe PS à l’assemblée et n°2 du PS. L’attitude au deuxième tour, l’appel à battre la droite voire les éventuelles fusions n’ont de sens à être discutées qu’à partir de ces données..

Continuer à discuter du passé, mesurer la réalité des désaccords présents pour espérons-le marcher ensemble demain telle sera, chers camarades, notre conclusion provisoire.

Le 23 Juin Ingrid Hayes et Guillaume Liégard du bureau politique de la LCR.


lundi 23 juin 2008

Appel : un nouveau parti pour une écologie anticapitaliste !
















Le capitalisme, c’est la crise !

Crise sociale et crise écologique se confondent, faisant les pauvres non seulement de plus en plus pauvres mais aussi de plus en plus victimes des catastrophes environnementales et des pollutions toujours plus importantes. Après avoir détruit une partie de notre environnement, la folle course d’une croissance qui n’a pour but que le profit entretient l’illusion que le bonheur se réduit à la consommation de marchandises, et menace désormais les équilibres de la planète.

Cette folle course au profit traverse une crise écologique sans précèdent à cause des conséquences désastreuses d’un système économique et énergétique basé sur les énergies fossiles, le gaspillage, l’utilisation de technologies dangereuses et l’absence de principe de précaution. La pollution et la destruction engendrées par les activités humaines croissent et s’étendent au même rythme que le capitalisme.

Ces crises inédites ne peuvent qu’aller en s’amplifiant : les combattre, c’est remettre en cause le capitalisme.

Les partis politiques qui défendent ce système et qui en même temps prétendent protéger l’environnement sont au mieux inconséquents, au pire hypocrites. L’exercice de tartufferie auquel s’est livré Nicolas Sarkozy lors du Grenelle de l’environnement ne doit pas créer d’illusions quant au vernis vert de ce gouvernement : sitôt les micros des journalistes éteints, ce sont les industriels du pétrole, du nucléaire, de l’agrobusiness, les défenseurs du transport routier et des OGM qui ont repris le pouvoir pour qu’au final tout continue comme avant.

De son côté, la gauche traditionnelle, qui refuse de s’en prendre aux causes profondes des pollutions, n’est pas en capacité de mettre en œuvre un programme réellement écologiste.

Quant aux Verts, la participation croissante de leurs dirigeants aux rouages de la cogestion sociale-libérale leur fait accepter nombre de compromis, y compris en matière environnementale, les empêchant d’être porteurs d’une écologie radicale.

Il y a pourtant urgence, comme le montrent les nombreuses luttes écologistes.

Mais celles-ci restent souvent locales et isolées. Il s’agit aujourd’hui de les développer (contre le nucléaire et sa relance, l’implantation des OGM en plein champ, la poursuite des projets autoroutiers, pour la défense du transport ferré, le maintien d’une agriculture paysanne, le droit à la santé, pour la défense du climat, pour la préservation de la biodiversité…), mais aussi de travailler à leur convergence. Car si chacune d’elles renvoie à des problèmes spécifiques, elles sont toutes dues à un même système, à une même politique, celle qui fait passer les profits avant la défense de l’environnement.

Il manque cruellement un outil qui aide loyalement à une telle convergence, sans chercher à instrumentaliser ces luttes, un outil qui soit aussi capable d’imaginer qu’un autre monde est possible, qu’une société débarrassée de la marchandisation et respectueuse des équilibres naturels peut et doit advenir.

Ce projet de société nécessite des bouleversements radicaux de nos modes de production, de transports, mais aussi de consommation et de comportement. Cela implique une transformation profonde, et démocratiquement élaborée, de l’appareil productif et énergétique. Des ruptures d’ampleur sont donc nécessaires :

rupture avec la politique des transports de marchandises et de passagers, qui actuellement exploite autant les salariés qu’elle détruit l’environnement ;

rupture avec la politique énergétique qui, pour favoriser les profits des quelques multinationales du secteur, freine toute possibilité de sobriété et de recours massif aux énergies renouvelables, se lance dans une fuite en avant nucléaire, et devient un facteur de guerres dans de nombreuses régions du monde ;

rupture avec la politique industrielle qui n’hésite pas à mettre la vie des salariés et des populations en danger à cause des pollutions et des productions dangereuses et bien souvent inutiles ;

rupture avec la politique agricole qui sacrifie chaque année des milliers de petits paysans, au Nord et au Sud, tout en polluant les sols et les rivières, en minant la biodiversité, et en désertifiant les campagnes ;

rupture avec les politiques de pillages des richesses des pays du Sud par les puissances industrielles ;

rupture avec la politique d’aménagement du territoire et d’urbanisme qui tend de plus en plus à concentrer les populations dans les grandes villes, provoquant des problèmes environnementaux nouveaux et des difficultés supplémentaires dans la vie quotidienne ;

rupture avec les modes de consommation qui organisent le gaspillage, la non-durabilité des produits et transforment chacun d’entre nous en cibles publicitaires ;

rupture avec une politique économique au service de la production pour la production, gouvernée par le profit, sans souci de la satisfaction des besoins sociaux et des équilibres écologiques.

Nous sommes nombreux et nombreuses à vouloir cet outil : un parti utile aux luttes, un parti pour la transformation sociale et écologiste de la société, car rompre avec le capitalisme ne suffit pas ; il faut aussi tirer les leçons du productivisme désastreux qu’a connu l’ex-bloc des pays de l’Est.

Nous avons donc besoin d’un parti anticapitaliste qui ne peut qu’être radicalement écologiste, un parti qui mette au cœur de son programme la défense de l’environnement et la sauvegarde de la planète.

A tous ceux et toutes celles qui pensent que l’écologie ne peut se satisfaire de repeindre en vert le capitalisme,

à tous ceux et toutes celles qui veulent conjuguer au présent luttes sociales et luttes écologistes,

à tous ceux et toutes celles qui ne se satisfont pas des demi-mesures et des compromis ne visant qu’à ménager le système,

nous disons « Il est temps de prendre parti », pour décider, agir et construire ensemble un parti anticapitaliste et écologiste.

Si vous souhaitez signe et soutenir cet appel, recevoir des informations et débattre, envoyez un message avec vos coordonnées à npa.ecologie@laposte.net

Premiers signataires :

François ALCARAZ (médecin, apiculteur amateur, 27)

Vincent AUBRY (militant anti-nucléaire, LCR, Rennes)

Pascal BRISSET (travailleur secteur de l’énergie, LCR)

Maxime CAILLON (écolo radical et militant de l’occitan, Limoges)

Manu CARPENTIER (militant antipub et anti-OGM, 27)

Martial CHATEAU (militant Sortir du Nucléaire, LCR,72)

Guillaume COMMUNAL (boulanger, LCR, Paris 10)

Liliane DAL CORTIVO (LCR, Paris 20)

Patrick DUPIN (ancien conseiller municipal « Verts » à Rouen, LCR, 27)

Nadège EDWARDS (commission écologie LCR 33)

Laurent GARROUSTE (LCR, Paris 18)

Bruno GAUDIMAT (faucheur volontaire, Châteauroux, 36)

Vincent GAY (militant écosocialiste, syndicaliste FSU, LCR, Montreuil 93)

Frédéric GOST (militant Sortir du Nucléaire, LCR, 27)

Laurent GROUET (militant Sortir du Nucléaire, LCR, Paris)

Damien JOLITON (consultant en politiques énergétiques, LCR, Montreuil 93)

Claude Kaiser (militant antinucléaire, Meuse)

Stéphane LAVIGNOTTE (Paris)

Michaël LÖWY (Réseau Ecosocialiste International, Paris)

Pierre LUU (fontainier- scénographe de l’eau, LCR)

Anne MAIRET (ancienne « Verts », Franche Comté)

Alexis MARTIN (militant associatif, LCR, Montreuil 93)

Gérard MARTIN (animateur d’une association contre le tout-autoroute, 27)

Thierry MARTIN (exploitant agricole, apiculteur, LCR, 27)

Yves MOREAU (syndicaliste à Snecma, apiculteur amateur, 27)

Sophie OZANNE (militante anti-nucléaire, 27)

Stéphane PASSERON (faucheur volontaire, 05)

Christine POUPIN (syndicaliste dans la chimie, LCR, Rouen)

Hervé PRAT (Sortir du Nucléaire, ancien « Verts », Franche Comté)

Jean-Luc ROMERO (ingénieur agronome, Avignon)

Nicolas SUDRE (Evreux)

Nicolas VANDERLICK (LCR, Limoges)

dimanche 15 juin 2008

Un nouvel élan (10 heures du NPA à Marseille)


















Organiser dix heures de débats pour le nouveau parti anticapitaliste (NPA), samedi 7 juin, le pari était risqué. Il a été remporté dans les Bouches-du-Rhône, haut la main.

Plus de 1 400 personnes ont participé à l’initiative « Dix heures pour le nouveau parti anticapitaliste », samedi 7 juin, aux Docks des suds, à Marseille, dans une atmosphère à la fois studieuse, dans les forums de la première partie, et enthousiaste, lors du meeting avec Olivier Besancenot (mais ça devient une habitude, excellente au demeurant). Le meeting a été soutenu aussi par les interventions de Jérôme (STMicroelectonics), d’Abdel (cité de La Rocade, à Avignon), et de Rosy (comité départemental pour le NPA). Et, enfin, atmosphère festive, pour nous conduire à minuit. Jérémie, un militant d’un comité de Marseille, note que « si le NPA est à l’image des personnes qui sont intervenues au meeting, alors nous sommes sur la voie de la réussite ». C’est donc la première initiative publique nationale de cette ampleur pour les tout nouveaux comités NPA, et on peut déjà mesurer le chemin parcouru, celui qui reste à faire, ainsi que le potentiel incontestable de ce parti en construction.

La prise en charge de sa préparation, comme celle de son déroulement, si elle s’appuyait sur le savoir-faire de la LCR, fut le fait de tous les militants des comités. C’est l’une des réussites incontestables de cette journée : « La fusion des équipes militantes, de localités différentes, des militants nouveaux et plus anciens, nous permet d’être optimistes sur la suite des événements… L’ambiance et le fonctionnement étaient parfaits, et cela naturellement », dit Alain, membre du comité départemental. C’est le premier élément de bilan, qui sautait aux yeux des participants. Autre surprise de taille : plus de 600 personnes ont participé aux quatre forums de débat. « Nous avons bien fait de proposer des débats fondamentaux sur la construction du NPA, de laisser place à la discussion sans tabous et dans un esprit de construction », note Anna, membre du comité départemental. Elle ajoute : « Les espaces thématiques, tels que celui sur l’antisexisme, ont permis que certains s’inscrivent dans le processus par la préoccupation que nous avons eue de traiter l’ensemble des luttes du moment. » Ce qui prouve, une fois de plus, que le processus ne se limite pas à la popularité du porte-parole de la LCR !

Les débats sur l’écologie, l’internationalisme, l’anticapitalisme et le socialisme, le parti à construire – avec qui et avec quel fonctionnement ? –, l’espace jeunes ou antiraciste ont montré à la fois l’ampleur des attentes et la diversité des points de vue. « Nous n’étions pas dans un débat sous forme de questions-réponses, mais dans un esprit de construction », dit Alain à propos du forum internationaliste. C’est ce que l’on rencontre déjà dans toutes les réunions NPA à travers le pays.

Plus généralement, a pu se confirmer combien l’idée du nouveau parti anticapitaliste soulève d’intérêt, d’attente et d’espoir. Pour beaucoup, c’est la seule lueur dans un paysage marqué par la violence des attaques de Sarkozy et la faiblesse des ripostes de la gauche institutionnelle. Toutes les tranches d’âge étaient représentées (mais plus en dessous de 40 ans), avec une proportion notable de syndicalistes. Mais, signe du travail à accomplir encore, on remarquait une relative faiblesse de la présence de personnes des quartiers populaires.

Le processus se confirme donc à la fois par la fusion dans l’action des membres des comités, par l’intérêt suscité dans l’assistance, et il s’approfondit puisque l’on aborde désormais la phase du débat de fond qui va nous conduire au congrès de fondation. « Le nombre de personnes qui ont assisté à cette initiative nous montre que le travail qui nous attend est immense et réellement porteur d’espoir », ajoute Alain. Nul doute que cette expérience donnera le ton, après l’été, de rencontres du même type dans beaucoup d’autres villes… Malgré les différences de rythme, l’élan sera le même partout.

Correspondants